Lancée dans le métier à Yverdon, Sophie Balbo assure l’entier des relations médias de la SSR
Ecublens
15 Juin, 2026
Un nouvel écrin. Un gigantesque havre de luminosité, idéalement situé au centre de la Suisse romande, pensé pour gérer au mieux l’actualité du moment, tout en s’octroyant la possibilité de s’adapter à l’évolution permanente de la technologie des médias durant au minimum 99 ans: le nouveau site de la RTS, basé à Ecublens –entre l’EPFL et le Rolex Learning Center–, a été dévoilé ce printemps aux médias, puis au public lors de portes ouvertes.


L’occasion d’apprendre, par la voie officielle, que la nouvelle cheffe des relations médias de l’entier de la SSR (Société suisse de radiodiffusion et télévision) n’est autre que Sophie Balbo, une journaliste ayant fait ses armes à Yverdon. Au temps où La Presse Nord vaudois plaçait sous le feu des projecteurs la deuxième ville du canton.

Le jour où nous la rencontrons, Sophie Balbo salue et accueille les journalistes et photographes qui pénètrent dans le nouveau palais du média audiovisuel de service public pour en découvrir ses nouvelles coulisses. Elle délègue la suite à son équipe –notamment à Marco Ferrara, porte-parole de la RTS, qui a le soin de diriger la visite–, consciente que tout se déroulera comme sur des roulettes, tout ayant été parfaitement orchestré. C’est que d’ici fin 2027, la majorité des équipes de la RTS sera active sur ce site voulu très fonctionnel, avec l’intégration en novembre des rédactions de l’Actualité (radio, tv, digital), puis des Sports l’année prochaine. D’ores et déjà, plusieurs émissions radio –à commencer par RTS Option Musique et RTS Couleur 3– émettent depuis Ecublens, leurs animateurs et techniciens y ayant déjà pris leurs aises. A Genève subsisteront les magazines, la fiction et les documentaires, les archives, les productions liées à la Genève Internationale, les développements dans le domaine de la création numérique, ainsi qu’une partie des services administratifs. La RTS continuera aussi de couvrir l’actualité dans l’ensemble des cantons romands par le biais de ses huit bureaux régionaux.

Cheffe des relations médias de l’entier de la Société suisse de radiodiffusion et télévision (SSR) depuis un mois, Sophie Balbo a fait ses armes dans le journalisme en terre yverdonnois, elle qui est native d’Ependes.
Sophie Balbo, pour en revenir à elle, a revêtu son nouvel habit professionnel il y a un mois, après avoir déjà été cheffe de la communication au sein de la RTS de 2019 à 2026. Sa nomination à cette nouvelle prestigieuse fonction est le fruit d’un brillant parcours, entamé on l’a dit à Yverdon dans les années 2000.
Un bel élan dans le Nord vaudois
Quand le journal Le Nord vaudois, évolution du Journal d’Yverdon, a été acquis par le groupe Corbaz de Montreux, devenant La Presse Nord vaudois, elle a rejoint ses effectifs, comme une demi-douzaine d’autres jeunes journalistes se lançant dans l’aventure et en côtoyant de plus anciens. Sous la férule d’Isidore Raposo, rédacteur en chef et instigateur parmi d’autres du nouvel élan ainsi donné, Sophie Balbo a fait ses armes journalistiques sur le lieu emblématique de la rue Haldimand 6.
Régnait alors un esprit dynamique, très familial, au sein d’une rédaction où les garçons, parmi bien d’autres anecdotes savoureuses, s’immisçaient parfois sur la pointe des pieds dans les choix du recrutement féminin. Ainsi Sophie Balbo, entourée de Laure Pingoud et de Sandra Weber, avait-elle découvert cet univers médiatique qu’elle n’a depuis presque plus quitté.
Un parcours dense et varié
Sociologue de formation, Sophie Balbo a tourné la page du journalisme après avoir écrit pour différentes publications comme L’Hebdo et Le Matin bleu, pour se diriger d’abord dans le domaine de l’aide au développement, en Europe de l’Est et en Afrique de l’Est, avec Terre des hommes. Puis elle s’est s’orientée vers le monde voisin de la communication, de «la comm» comme on dit, notamment comme porte-parole de la Chaîne du bonheur. Elle est devenue, au plan privé, la maman d’une fille aujourd’hui âgée de 12 ans, née de son union passée avec le conseiller d’Etat genevois Antonio Hodgers. Puis elle a franchi les portes de la RTS en 2019, après avoir participé à la création de Cœur à Cœur, la louable opération de recherche de fonds en faveur de l’enfance en souffrance montée par la RTS et la Chaîne du Bonheur.
Des souvenirs marquants
Originaire d’Épendes, où elle a grandi avec ses parents et sa sœur, Sophie Balbo a effectué toute sa scolarité dans la région, fréquentant d’abord les villages alentours avant de poursuivre au secondaire à Yverdon, puis au CESSNOV. Elle connaît ainsi très bien le Nord vaudois, son cadre de vie et ses dynamiques locales.
Raconter, rendre compte
Issue d’une famille engagée dans la vie associative, elle a également grandi dans un environnement biculturel, entre influences françaises et britanniques. Cette double appartenance, renforcée par de nombreux séjours à l’étranger –notamment en Angleterre, son autre pays d’ancrage– lui permet de porter à la fois un regard profondément enraciné et parfois une autre des réalités locales : «C’est ce double regard, avec lequel j’ai grandi, qui m’a donné envie de raconter, de rendre compte de l’actualité des lieux et des personnes qui les font vivre, et qui m’a naturellement conduite vers le métier de journaliste.» Lorsqu’elle évoque ses débuts dans les médias dans la région d’Yverdon-les-Bains, Sophie Balbo se souvient des difficultés inattendues. «Le journalisme local, dit-elle aujourd’hui, a constitué pour elle une école du réel autant qu’un terrain d’apprentissage décisif.» À son arrivée de Paris et de Milan, forte d’un mémoire de sociologie et d’une assurance certaine, elle pensait déjà comprendre le monde. Son retour dans le Nord vaudois qu’elle connaissait si bien allait pourtant lui apprendre à l’écouter différemment. Dès sa première semaine, son collègue Bernard Perrin lui confie une première mission marquante: couvrir l’assemblée générale des betteraviers de la plaine de l’Orbe, véritable rite de passage pour les stagiaires. Une immersion sans détour dans la réalité de l’industrie sucrière, vécue comme une leçon d’humilité.
Sur le qui-vive
Le rythme de la rédaction, intense, laisse peu de répit. Les tournus au secrétariat de rédaction, parfois tard dans la nuit, font partie du quotidien. Un soir, seule avec un typographe, elle entend successivement deux ambulances passer à quelques secondes d’intervalle. Le téléphone sonne: Isidore Raposo est déjà sur place. «T’es où? T’as pas suivi les ambulances?» L’anecdote, qu’elle raconte aujourd’hui avec le sourire, illustre l’intensité des débuts dans le journalisme de faits divers aux côtés d’un professionnel aguerri. Elle y apprend les fondamentaux du métier : se rendre sur le terrain, oser frapper aux portes, tout en respectant les personnes, leur douleur et les exigences éthiques.
À ces souvenirs s’ajoutent des moments plus légers, presque insouciants, notamment durant l’Expo.02 et l’Arteplage d’Yverdon. Les rencontres improbables, les discussions au comptoir, les anecdotes glanées sur le vif, parfois en présence d’artistes comme Stephan Eicher, nourrissent le travail quotidien. «C’était une matière vivante, spontanée, qui alimentait l’édition du lendemain», confie-t-elle.
Le fameux apéro
Le métier s’accompagne aussi de codes implicites. Parmi eux, ce verre de vin blanc à 11 heures du matin, difficile à décliner, souvent condition d’accès à une parole plus libre ou à une confidence en marge d’un discours officiel. «En tant qu’Anglaise d’origine, j’ai su m’adapter rapidement», glisse-t-elle avec humour.
Très vite, elle découvre également la proximité immédiate avec les lecteurs, et la critique directe, bien avant l’ère des réseaux sociaux. Un samedi matin, place Pestalozzi, un passant l’interpelle au marché pour lui reprocher un article consacré aux moissons. Le fait que son père a été représentant pour une entreprise de moissonneuses-batteuses nourrit, selon lui, un possible conflit d’intérêts. «Sur le moment, j’ai été déstabilisée, se souvient-elle. Je n’étais qu’une stagiaire, pas encore armée pour ce type de critique.» Avec le recul, elle y voit une expérience fondatrice : celle d’un journalisme de proximité où les lecteurs ne sont jamais abstraits, où les retours sont immédiats, parfois rudes, mais toujours précieux.
Etre préparé!
D’autres souvenirs sont plus douloureux. Elle évoque notamment l’enquête menée par un collègue sur un accident entre Vevey et Zurich, qui avait coûté la vie à six jeunes personnes. Ce n’est qu’en fin de journée qu’elle apprend que l’une des victimes était une amie d’enfance très proche. Le choc est profond.
Dans ces circonstances, elle se souvient avoir longuement étudié les statistiques routières pour oser reprendre la route dans sa vieille Fiat 500, une manière de garder prise et de pouvoir reprendre le travail rapidement.
Sur recommandation de ses collègues, elle ne manqua toutefois pas le Conseil communal de Sainte-Croix du lendemain soir, réputé pour être une «mine de sujets», selon les usages de la rédaction.
Avec le recul, Sophie Balbo ne retient pas seulement une succession d’anecdotes, mais une véritable formation humaine, forgée au contact d’une équipe de collègues devenus, pour beaucoup, des amis, certains aujourd’hui à la RTS, comme Carole Pantet, Matthieu Truffer ou encore John Nicolet.
Le journalisme local lui a appris les fondamentaux du métier: douter, écouter, confronter des réalités multiples, respecter les sensibilités. «C’est une école exigeante, profondément ancrée dans le réel, proche du public. Et c’est sans doute ce qui m’a le plus construite, et ce qui m’aide encore aujourd’hui dans mon métier de communicante au sein d’une entreprise de médias, où il m’est cher de pouvoir défendre l’éthique journalistique au quotidien.»
