Grève dans la fonction publique vaudoise : un mouvement qui s’installe
Yverdon-les-Bains
25 Fév, 2026
Depuis la mi-novembre, et plus précisément depuis le 18 novembre, une mobilisation d’ampleur secoue la fonction publique vaudoise. Enseignants, personnel administratif et représentants syndicaux dénoncent des mesures d’économies prévues dans le budget cantonal 2026, jugées injustifiées par les grévistes dans un canton qu’ils estiment pourtant financièrement solide.

Le 4 décembre, à la place Pestalozzi à Yverdon-les-Bains, plusieurs manifestants ont pris la parole lors d’un rassemblement public. C’est dans ce contexte que les témoignages ont été recueillis. Pour les grévistes, l’enjeu dépasse largement les revendications corporatistes. « Il ne s’agit pas seulement des profs, mais du service public dans son ensemble », résume un enseignant interrogé.
Selon les syndicats, près de 5 % de la population active travaillerait pour le canton de Vaud, et l’ensemble de la population bénéficie directement des prestations publiques : écoles, soins, infrastructures ou accompagnement social.
Un canton riche… qui demande des sacrifices
Au cœur de la colère, la stratégie budgétaire du Conseil d’État. Le projet cantonal prévoit environ 300 millions de francs d’économies, un chiffre confirmé par les autorités.
Les grévistes affirment toutefois que, selon leurs estimations, le canton disposerait d’une importante marge financière, évoquée à plusieurs milliards de francs, rendant ces coupes difficiles à justifier.
Parmi les mesures initialement prévues figuraient la suppression des décharges de fin de carrière et une contribution salariale temporaire. Sous la pression de la mobilisation, le Conseil d’État est revenu sur ces deux points, sans renoncer à l’objectif global d’économies ni aux inquiétudes sur une dégradation des conditions de travail.
Pour les syndicats, le paradoxe reste entier. « On nous répète qu’il n’y a pas d’argent, alors que des baisses fiscales importantes ont été accordées ces dernières années aux plus fortunés », déplore un représentant. Selon eux, un retour partiel sur ces allègements fiscaux permettrait de dégager plusieurs centaines de millions, sans affaiblir le service public — une lecture qui relève toutefois du débat politique.
Un dialogue jugé inexistant
Autre motif central de la mobilisation : le manque de concertation reproché au Conseil d’État. Plusieurs témoignages évoquent des décisions prises sans réelle négociation préalable.
« On a le sentiment d’un passage en force, sans écoute, sans empathie », regrette un gréviste. Pour certains, cette posture alimente encore davantage la mobilisation, qui se distingue par sa durée et son ampleur — une situation rarement observée dans le canton, selon les organisations syndicales.
Si le gouvernement estime avoir fait un geste en retirant certaines mesures, les syndicats contestent cette interprétation et dénoncent un refus persistant d’entrer en discussion de fond.


Informer, mobiliser, durer
Au cœur de la colère, la stratégie budgétaire du Conseil d’État. Le projet cantonal prévoit environ 300 millions de francs d’économies, un chiffre confirmé par les autorités.
Les grévistes affirment toutefois que, selon leurs estimations, le canton disposerait d’une importante marge financière, évoquée à plusieurs milliards de francs, rendant ces coupes difficiles à justifier.
Les enseignants soulignent aussi l’importance de l’information. Les syndicats jouent un rôle clé pour expliquer les enjeux budgétaires, fiscaux et politiques à un personnel parfois peu informé. « Le taux de mobilisation dépend directement du niveau d’information », explique un enseignant du postobligatoire.
Si tous ne font pas grève — certains par contrainte légale, d’autres par crainte ou pour des raisons personnelles —, le mouvement se veut inclusif et conscient des difficultés individuelles. Mais le message reste ferme : affaiblir le service public aujourd’hui, c’est pénaliser toute la population demain.
Une lutte pour l’avenir
Au-delà de la situation immédiate, les grévistes disent se battre contre une orientation idéologique qu’ils jugent dangereuse. « Quand on répète que “l’État est obèse”, on prépare son affaiblissement », avertit un intervenant.
Le mot d’ordre est clair : maintenir la pression, élargir la mobilisation et rappeler que le service public n’est pas une charge, mais un pilier de la cohésion sociale.
La suite du mouvement dépendra des décisions politiques à venir, notamment des assemblées générales prévues dans plusieurs établissements. Une chose est sûre : entamée mi-novembre, la mobilisation a durablement installé le débat sur le financement et le rôle du service public vaudois dans l’espace public.
