Une rue en guise de réparation
Yverdon-les-Bains
11 Juin, 2026
Malgré la polémique suscitée début juin au Conseil communal par l’attribution, posthume, de la bourgeoisie de la Ville à trois anciens « esclaves », la Municipalité d’Yverdon-les-Bains, avant même la décision définitive de l’organe délibérant, a décidé, dans sa dernière séance de mai, de renommer la rue de l’Ancien-Stand et de lui attribuer le nom de Pauline-Buisson, l’une des trois personnes concernées par la décision du Conseil, en guise de « réparation ». Les deux autres bénéficiaires de la bourgeoisie sont Samuel Hypolite Buisson, fils de Pauline né à Yverdon, et François Midas.

Pour la vice-syndique Carmen Tanner, c’était non seulement l’occasion de féminiser l’éventail des noms de rue, mais également de l’associer au quartier Gare-Lac, dont on parle depuis une quinzaine d’années, qui devrait de son point vue préfigurer l’avenir urbanistique de la capitale du Nord vaudois.
Ce choix, opéré avant l’aval du Conseil d’Etat, permet d’ancrer le nom de cette servante d’une grande famille yverdonnoise, et de la placer d’une certaine manière au niveau de la rue perpendiculaire, dédiée au général Haldimand, Yverdonnois qui a servi la couronne britannique au Canada, notamment en tant que gouverneur du Québec.
D’ailleurs, cette personnalité a séjourné à la Villa d’Entremonts pendant la restauration de sa maison de la rue du Lac et la construction du Château de Champittet, occupé depuis un demi-siècle par le Centre Pro Natura. En effet, c’est à la Villa d’Entremonts que Pauline Buisson a servi la famille de Treytorrens.
Une continuité
La Municipalité, par la voix du syndic Pierre Dessemontet, a justifié sa décision en s’appuyant sur la continuité de l’autorité depuis 1803. « Il n’est jamais trop tard pour corriger cette injustice faite il y a 200 ans», a expliqué jeudi dernier le syndic, à l’occasion de ce qui devait être la dernière conférence de presse de l’Exécutif sortant. En effet, Pauline Buisson, née à Saint-Domingue, a été ramenée à Yverdon en 1776. Ni elle, ni son fils n’ont pu obtenir la bourgeoisie et sont donc décédés apatrides, selon l’interprétation faite.
Si le Gouvernement vaudois donne son aval, le changement de rue sera opéré début octobre à l’occasion d’une cérémonie dédiée.
Opposant farouche à cette démarche et conseiller communal, Daniel Cochand déplore ce qu’il considère comme une instrumentalisation. En effet, au retour de Saint-Domingue, où elle a fait fortune, la famille yverdonnoise est revenue avec « deux jeunes esclaves auxquels ils ont assuré leur existence jusqu’à la mort », leur versant un salaire et leur assurant une bonne nourriture. Il considère que les autorités d’alors ont eu un « comportement lamentable », mais relève que le fils de Pauline a pu faire un apprentissage et gagner sa vie comme cordonnier.
Et le conseiller communal de souligner qu’aujourd’hui les naturalisations permettent d’éviter ce type de situation. Ce que le syndic a implicitement confirmé en relevant qu’en l’espace de dix ans, 2254 personnes ont obtenu la bourgeoisie d’Yverdon-les-Bains.
Une faute de goût ?
Encore indispensables, et sans doute pour longtemps, au bon fonctionnement de l’économie, les transporteurs ne font pas l’unanimité. Pour preuve, la Municipalité rose-verte encore en place a refusé de leur offrir l’apéritif ! Autant dire que le municipal Christian Weiler, représentant l’Exécutif yverdonnois à l’assemblée, était dans ses petits souliers. Mais il a assuré, compte tenu du récent changement de majorité, que la nouvelle Municipalité les accueillerait volontiers à l’avenir et leur offrirait l’apéro.
Une quarantaine de documents
L’histoire de ces anciens esclaves a fait l’objet de recherches réalisées par l’historienne et ancienne archiviste de la Ville Catherine Guanzini. Si les éléments factuels sont avérés, il reste malgré tout des zones d’ombre. Ce qui a suscité la résistance d’une partie du Conseil communal, car il faut bien le dire, on est dans l’interprétation historique avec tous les aléas de la démarche. « Je me réjouis que sa vie devienne un peu plus visible dans l’espace public », relève l’historienne.
Pourtant, à part son nom, la plaque déjà fabriquée ne comporte aucune autre indication… Mais la vice-syndique Carmen Tanner assure que ce n’est pas un problème : « Un travail de médiation doit être fait. » Et Pierre Dessemontet d’ajouter que la place du 7 février (Ancienne-Poste) et la passerelle des Cigarières, face à la ruelle Vautier, sont un clin d’œil historique qui s’inscrit dans une démarche plus large.
On soulignera encore que l’intérêt porté à ces personnes a été suscité par une exposition du Musée national dédiée au passé colonial de la Suisse, « dans lequel on parlait beaucoup de Neuchâtel et un peu d’Yverdon ».
Pur hasard du calendrier, le propriétaire d’un immeuble du quartier de la Cité, au cœur de Lausanne, a décidé de retirer l’enseigne « Au Maure », qui avait été suspendue il y a plusieurs décennies. Elle gagnera le musée !
